Compte rendu de la conférence-débat du 23 juin 2015

participation de Dominique Aguessy, Catherine Dib, Sam Touzani, Rolland Westreich
conférence animée par Ambroise Perrin

MARE NOSTRUM
Le français dans le pourtour méditerranéen.

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Conférence :
résumé 1re partie
vidéo 2nde partie en bas de page

Vincent Peillon aborde d’emblée l’essentiel au travers d’une anecdote : lors d’une réunion, un Secrétaire d’État tunisien ne s’était pas laissé imposer l’anglais. Il voulait parler français, la langue dans laquelle il pensait ; il refusait une novlangue qui ne lui aurait pas permis de s’exprimer avec sincérité.
Imposer l’anglais, c’est nous priver de ce qui nous appartient, nous priver de parler vraiment – nous pouvons tous parler faussement –  avec notre sensibilité, avec notre cœur, avec ce qu’on est.

Depuis une quinzaine d’années, on a pris l’habitude, dans les réunions politiques, économiques, de parler anglais. Mais une langue n’est pas un simple outil de communication, un véhicule, des mots qui s’enchaînent. La langue permet d’exprimer toutes les nuances de la pensée. Aujourd’hui, avec l’anglais quasi obligatoire, on aboutit à des discours formatés, sans signifié derrière le signifiant, sans sensibilté, dont on se demande s’ils ont un contenu.  

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Vincent Peillon cite Michel Foucault, Sans mots pour les nommer, les choses resteraient dans la nuit… C’est le verbe créateur, pas seulement un instrument pour dire ce que nous pensons : la langue nous permet d’habiter notre monde.

Le français a perdu du terrain. Voilà 15 ans, il était naturel de s’exprimer en français et personne n’en était gêné. Ce n’est plus possible, il faut à présent s’exprimer en anglais, le travail se fait presque exclusivement en anglais dans les institutions européennes.
Ce n’est pas une situation à négliger : une langue impose une vision du monde, une façon de penser.
Dès lors, c’est un enjeu considérable ; si nous voulons construire un espace commun, mais aussi une humanité commune, une culture commune, la question de la langue est déterminante.

Dans les pays de la Méditerranée, on ressent une forte ambivalence. On ne peut pas traiter de la même manière chaque pays : Liban, Égypte, Israël, Maroc, Algérie, Tunisie… Il y a autant de cas, d’histoires, que de pays liés à la langue française.
Mais majoritairement une demande de français extrêmement forte existe, à laquelle nous ne faisons pas droit, que nous n’entendons pas dans tout ce qu’elle peut impliquer et signifier.
La question que nous devons nous poser : quelle est cette demande ? C’est très complexe. Est-ce une demande de modèle alternatif, un désir de reprendre contact avec certaines traditions, avec une certaine culture de son propre pays ; une demande politique d’émancipation, soit au sens noble du terme, soit une distinction sociale au sens de Bourdieu, ou un désir de promotion…

Le français est-il uniquement la langue des élites, ou celle qui permet d’accéder à un univers qui serait celui des élites, culturelles mais aussi économiques ?

Quoi qu’il en soit, à part en Israël pour des raisons spécifiques de rapports compliqués à la langue du pays d’origine, cette demande est là, et cette francophonie bénéficie considérablement à la France, en termes de tourisme, d’études, d’économie.

Auteur du rapport en cours sur la stabilité dans la zone MENA (pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord), Vincent Peillon fait deux constats. Les conflits entre pays du sud de la Méditerranée ne permettent pas un accord et une volonté commune, y compris linguistique. D’autre part, l’évolution en 25 ans du discours sur ces pays : au temps de Jacques Delors, ces pays étaient considérés comme l’avenir de l’Europe, une chance pour son développement ; la question malheureusement n’est plus abordée en ces termes.

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Aujourd’hui, il devient très difficile pour ceux qui le veulent de continuer à porter ce grand projet d’une union autour de la Méditerranée.

 

Avec l’élargissement vers l’Est à des pays dont les leaders ont fait pour la plupart leurs études dans des universités anglo-saxonnes, les problèmes de la zone MENA n’intéressent plus que les pays du sud de l’Europe, un particularisme de la France, de l’Espagne, de l’Italie.

Pourtant une union et des échanges seraient bénéfiques des deux côtés de la Méditerranée, et ce qui se joue est fondamental. La langue est beaucoup plus que la langue, va-t-on pouvoir bâtir quelque chose ensemble? Pour l’interrogation sur la capacité à construire un espace commun à plus d’un milliard d’individus, la question de la langue est centrale.
De plus, on a constaté que l’enseignement de l’arabe était en très grand déclin en France, ce qui est problématique par rapport à cet espoir d’espace commun, et d’un enrichissement culturel qui, pour être effectif, doit être réciproque.

Le français n’appartient pas aux Français ; la Francophonie, ce sont des centaines de millions de personnes, des usages, des cultures riches, diversifiées.
Il faut réfléchir à ce dont on risque de se priver, ce qu’on pourrait remettre en cause, ce qu’on essaie de déraciner, aux voies que l’on s’interdit. Et réfléchir au danger de ce qui est un facteur déterminant, les temps actuels le confirment.

Vincent Peillon insiste, il n’y a pas une situation unique : tous les francophones ne parlent pas de la même façon. Il n’y a pas non plus une seule réponse aux questions. C’est précisément cette diversité, à travers l’amenuisement de la langue française, qui pourrait se perdre.
Prenons garde à ne priver personne de cette diversité, de cette langue parlée non pas seulement pour communiquer, mais pour s’exprimer.
En partageant cette langue, on partage beaucoup plus, et on est capable de faire ensemble beaucoup plus.
La langue n’est pas un véhicule, elle est une substance, éminemment politique ; elle l’a été pour  tous les pouvoirs, parce qu’elle structure un univers dans toutes ses dimensions plurielles : intellectuelles, psychologiques, affectives, politiques.

Vincent Peillon termine son exposé, qu’il a voulu informel, et propose qu’on donne tout de suite la parole à d’autres intervenants dans la salle, pour revenir ensuite dans le débat. Ambroise Perrin donne la parole à Catherine Dib.

Catherine Dib

Celle-ci s’intéresse à la diversité culturelle et à la langue française, notamment à travers la Société Internationale des Amis de Mohammed Dib, une association loi de 1901 dont elle est membre-fondatrice.
La question d’Ambroise Perrin est la suivante : La langue française parlée actuellement en Algérie est-elle différente de celle parlée pendant la période française, du temps de la colonisation ?

Catherine Dib situe tout d’abord le contexte. Vincent Peillon a précisé d’emblée qu’il est important, en abordant le thème de la langue française autour de la Méditerranée, de garder à l’esprit la grande diversité de chacun des pays à cet égard.
La spécificité de l’Algérie est l’importance de sa population francophone.
L’Observatoire de la langue française [i], dans un rapport publié en 2010 par l’Organisation internationale de la francophonie, fournit les chiffres du recensement de 2008 communiqués par l’Office national des statistiques d’Algérie : on y compte 11,2 millions de francophones en 2008. Cela signifie que le tiers des personnes âgées de plus de cinq ans savent lire et écrire le français. Ceci fait de l’Algérie le troisième pays francophone au monde, derrière la France et la République Démocratique du Congo.

Pour une vue dynamique de la part relative des francophones et arabophones, Catherine Dib explique qu’elle s’est procurée sur Internet les chiffres du lectorat de la presse algérienne [ii]. L’évolution récente y apparait clairement. Selon une étude effectuée en 2010 par la société IMMAR Research & Consultancy, 60,5% des Algériens âgés de plus de 15 ans lisent la presse quotidienne algérienne, dont 65% sont des lecteurs arabophones, 10% francophones et 25% bilingues.
La part des francophones varie fortement avec l’âge, en Algérie. Parmi le lectorat des jeunes, 72% sont arabophones contre seulement 34% des lecteurs âgés de plus de 55 ans. Cette évolution est le résultat de la politique d’arabisation menée par les autorités algériennes depuis la fin des années 1970.
La configuration linguistique varie aussi sur le plan géographique (différence régionale, et entre villes et campagne). Selon les chiffres de lectorat de la presse algérienne, le plus grand taux d’arabophones se trouve à l’Est avec 76%, le taux le plus élevé de bilingues est au Centre avec 30% ; les lecteurs francophones sont les plus importants dans cette région, avec 14%.
Si l’OIF fournit certains chiffres, l’Algérie n’en est pas pour autant membre des institutions de la Francophonie, pas plus que le Maroc et la Tunisie. Ces refus sont emblématiques, bien sûr, d’une volonté d’écarter toute appartenance ressentie comme une allégeance à l’ancienne puissance coloniale.

Catherine Dib précise enfin que l’Algérie est un pays multilingue : le français, le kabyle et l’arabe – véhiculaire et moderne – y coexistent. Parler et comprendre au moins deux langues est tout à fait ancré dans la culture algérienne ; les personnes qui ne parlent qu’une langue ne sont pas les plus nombreuses.

Pour répondre à la question d’Ambroise Perrin, Catherine Dib remonte à l’histoire de son père, l’écrivain algérien Mohammed Dib. Elle souhaite illustrer que la langue française était, certes, la langue du colonisateur mais qu’elle était aussi celle de Français progressistes, en particulier des instituteurs qui ont véhiculé des valeurs de laïcité, de fraternité, de respect de l’autre… Pour Mohammed Dib – il l’a expliqué dans ses écrits –, la rencontre de Français n’était possible, dans le contexte colonial de sa jeunesse, que si ces Français étaient des progressistes, des personnes portant un idéal de générosité et de fraternité. C’est pourquoi, selon Catherine Dib, parler le français, le parler le mieux possible, refuser de le parler comme un «bougnoule», ne doit pas être compris, lorsqu’on évoque les Algériens pendant l’époque coloniale et aujourd’hui, simplement comme une volonté d’égaler les (anciens) maîtres. En Algérie, les hussards noirs de la République, ces instituteurs républicains portant les valeurs républicaines ont bien existé tout comme en France, et ils ont formé de nombreux petits Algériens. La langue française était associée, aussi, à des valeurs émancipatrices. C’est pourquoi, pour cette génération, parler le français, rencontrer la culture française, était aussi aller à la rencontre de la France des Lumières.

Considérer le français, aujourd’hui encore, comme langue émancipatrice pour un Algérien, revient à lire sur le plan politique une concurrence entre l’arabe et le français, en Algérie.

À cet égard, Catherine Dib rappelle que l’arabe moderne, langue de l’enseignement et des médias, n’est de toute façon pas la langue maternelle des Algériens. Seules les personnes scolarisées le comprennent et peuvent suivre, par exemple, les journaux d’information télévisés. Accorder au français, jusqu’à l’époque actuelle, une valeur de langue émancipatrice pour certains Algériens n’indique donc pas de concurrence entre une langue qui serait maternelle et l’autre importée. Ces deux langues sont importées et apprises, après la langue maternelle, qui est l’arabe véhiculaire ou le kabyle.

Catherine Dib donne son point de vue, selon lequel on parle aujourd’hui en Algérie la même langue qu’à la période coloniale avec une volonté certaine, selon elle, de pratiquer cette langue avec élégance. Elle raconte, de manière personnelle, qu’elle admire la clarté et la précision de la langue française parlée encore par beaucoup d’Algériens. Autour d’elle, à Tlemcen par exemple où elle s’est rendue récemment pour les Ves journées dibiennes [iii], elle constate que les Algériens qu’elle côtoie optent pour un registre de langue élevé. Ceci est, certes, lié au milieu culturel mais elle pense que ce n’est pas la seule explication. De manière générale, les Algériens ont eu à cœur, depuis des générations, de parler le français le mieux possible ; c’était et cela reste une question de fierté, de dignité et d’attachement à la langue française.

[i] http://www.francophonie.org/IMG/pdf/Synthese-Langue-Francaise-2010.pdf
[ii] http://www.djazairess.com/fr/lexpression/163786
[iii] Ves rencontres dibiennes organisées les 23 et 24 mai, à Tlemcen, ville natale de l’écrivain, par la Fondation La Grande Maison.

Mohammed Dib, écrivain algérien de langue française, auteur de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, de contes pour enfants, et de poésie.
 http://ecrivainsmaghrebins.blogspot.fr/2010/02/mohamed-dib.html

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Dominique Aguessy
est sociologue et femme de lettres. Elle vit et travaille à Bruxelles et en France.

 

Écrire aujourd’hui en Français, c’est pour les écrivains des pays du pourtour méditerranéen, un choix délibéré. Il ne s’agit plus de s’approprier un butin de guerre. Mais de faire de la langue française un instrument de reconquête du pouvoir sur ce qui constitue la vie sociale, politique, économique. De nombreux écrivains se reconnaissent écrivains et souhaitent s’affranchir de références géographiques pour se définir par le fait d’être auteurs et de devenir progressivement écrivains. L’éclatement des cultures sous la pression de la mondialisation accentue cette démarche, déplace les paradigmes de l’expression identitaire vers d’autres horizons. Instaure une dynamique qui se projette dans l’avenir.

Dans ce paysage en mutation apparaît l’écriture des femmes. Elles considèrent que l’accès à l’écriture, à la publication de leurs œuvres symbolise aussi leur entrée dans un monde jusque-là réservé aux hommes, avec lesquels elles sont résolues à partager le pouvoir.
La littérature, et particulièrement la poésie, exprime aussi une quête d’absolu. Celle-ci ne doit pas être abandonnée au religieux au risque de dérives autoritaires et intégristes. La littérature est aussi un moyen de contestation de la place dévolue aux femmes dans les sociétés méditerranéennes. Assia Djebar, élue à l’Académie française, disparue il y a peu, fut une pionnière en ce domaine. Citons aussi Rita El Khayat, médecin psychiatre, qui a publié une trentaine de romans. Elle décrit le monde arabe au féminin.

Cependant, bien des questions demeurent sans réponses claires.
Est-il possible de construire un féminisme grâce à la force de conviction de la littérature ? La langue française est un appui de choix dans ce processus visant à élargir l’espace de liberté et à rendre publique l’aspiration à vivre dans un contexte plus démocratique. Les conflits peuvent trouver une issue dans l’imaginaire. Se renforce ainsi la volonté de combattre les interdits. La langue française sert-elle aussi la promotion économique et la conquête des nouveaux marchés offerts par l’expansion du numérique ?
Si la demande d’étude et de connaissance de la langue française croît globalement dans le monde, il y a lieu de rester vigilants dans l’enseignement et l’usage d’une langue qui doit garder toutes ses caractéristiques, tout en s’enrichissant d’apports multiples.
Sous l’égide de la Revue Souffles, Abdelatif Laabi a construit une œuvre poétique importante. Lauréat du prix Écritures et Spiritualités 2015, il mena par la plume un combat qui lui valut emprisonnement et harassement, qui le contraignirent à l’exil.
Des écrivains amis que nous côtoyons offrent à la langue française un talent incontestable et un renouvellement constant des thèmes abordés dans le roman ou la poésie. Citons sans ordre de préséance, Abdel Aziz Kacem, Tahar Bekri, Tahar Ben Jelloun, Fatema Chahid, Rachida Madani. Les auteurs qui s’investissent en poésie, femmes de toutes générations, s’éloignent volontiers des canons traditionnels de la poésie arabe, pour adopter des formes d’écritures tout à fait modernes, et choisissent de préférence le vers libre.

Retenons ces quelques vers de Rachida Madani :
Me voici à nouveau devant la mer
à fracasser des portes entières contre le roc
à mêler dans le même roulement d’amertume
le sable et la perle
dans les mêmes vagues brulantes et métalliques
le jasmin noir de mon enfance
et le hibou de l’enfer
Extrait de Femme je suis, Édition Barbare, 1981

Dominique Aguessy, Bibliographie :
La maison aux sept portes Contes et légendes du Bénin
Le caméléon bavard Contes et légendes du Sénégal et du Bénin
Les chemins de la sagesse Contes et légendes du Sénégal et du Bénin
Pouvoir et démocratie à l’épreuve du Syndicalisme, Essai, Unesco Breda, Dakar, 1994
L’aube chante à plusieurs voix, Poèmes, préface Emile Kesteman, Illustration Titane De Vos, éditions de l’Acanthe, 1999
Le gué des hivernages, poèmes, préface Cheikh Hamidou Khane et Oumar Sankharé, éditions la Porte des Poètes, Paris, 2002
Contes du Bénin, L’oracle du hibou, Éditions Maisonneuve et Larose, Paris, 2004
Comme un souffle fragile, poèmes méditations, éditions Parole et Silence, Paris et Le Muveran, 2005
Les raisins de mer , Nouvelles, éditions L’Harmattan, Paris, Juillet 2013

 

 

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Sam Touzani est comédien, metteur en scène, dramaturge et auteur, qui cultive l’universalisme sur les scènes et les écrans belgo-français, à partir d’un terreau berbéro-bruxello-arabo-laïco-républico-belge, dans la langue de Molière et l’esprit de Voltaire.

 

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Flamand, Bruxellois francophone, Juif polyglotte, Belge surréaliste, Européen la tête dans les étoiles, Rolland Westreich a opté pour le passeport littéraire, plutôt que de privilégier un fragment de son kaléidoscope identitaire.

 

 

Interventions.

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Melpomene Konstantinidi a pris la parole, interpellée quand Vincent peillon a évoqué la Méditerranée, et l’enseignement de l’arabe.
 

J’ai d’abord voulu contraster le rapport à la France et à la langue française que nous avons au Liban avec ce que nous venions d’entendre de Madame Dib, fille de l’écrivain et poète algérien. En effet, contrairement aux Algériens, pour nous Libanais, le rapport au français n’est pas torturé ou douloureux ; c’est davantage un rapport d’amour et d’affection, certains Libanais parlant de la France la qualifient encore de «tendre mère». Peut-être cela est-il dû au fait que nous avons été sous mandat français, et non pas une colonie ou un protectorat. Il n’en reste pas moins que le français perd du terrain au profit de l’anglais et n’est plus que la langue des élites, avec une démarcation qui est horizontale (au niveau social) et aussi verticale (au niveau religieux ou confessionnel). M. Peillon a déduit de cela que l’enseignement du français se fait en opposition à celui de l’arabe et ne semble pas être un projet qui puisse englober tout le monde. Je n’y ai pas répondu, par manque de temps, mais si j’avais pu, j’aurais ajouté qu’au Liban, l’apprentissage linguistique est lié aussi à un projet de société.

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Question d’Aris Kokkinos sur le grec ancien et le latin, et sur leur enseignement qui est, ou qui serait, menacé en France.
Je demandais si l’enseignement des langues anciennes favorise l’apprentissage du français, ou si au contraire c’est un frein à cet apprentissage.
(Vincent Peillon a répondu surtout sur la question de la réforme du collège. Le débat reste ouvert… !)

 Marie Corman souligne que dans des réunions de travail, en Tunisie, l’anglais est maintenant parfois exigé, le français recule. La première raison est simple : les investisseurs, chinois par exemple, parle anglais, pas français, ou bien l’interprète traduit depuis l’anglais. 

 

À la fin du débat, Catherine Dib lit un extrait d’un texte d’Aragon, préfaçant en 1961 le recueil de poèmes de son père, Ombres gardiennes. Aragon y exprime d’abord sa découverte admirative d’un français, enrichi par une autre sensibilité, d’au-delà de la Méditerranée. Il dit aussi sa proximité avec Mohammed Dib, pour qui la poésie est, comme pour lui-même, l’expression d’un combat contre l’oppression, le désespoir et la perte de sens et d’identité que vivent les opprimés.
Cet homme d’un pays qui n’a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy. Et c’est bien là sans doute un aspect de ce drame algérien, sur quoi tant de gens de chez nous se prononcent avec une certaine légèreté, qu’à l’heure de l’expression la plus haute, ceux-là mêmes qui sont la fidélité à leur peuple aient pour langage, […] pour exprimer l’incernable, ce français, ce clavecin bien tempéré, cet instrument des bords de Loire, ce parler qui est aussi celui des soldats dans la nuit, le vocabulaire du ratissage, le commentaire de la torture et de la faim.
Aragon

 Vincent Peillon, vidéo

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Le cochon-tirelire destiné à la location de la salle n’était pas très rempli, pensez à adhérer pour soutenir DLF !

 


Membres du CA présents

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Ambroise Perrin         Véronique Likforman
                                        secrétaire générale

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Rolland Westreich

Cécilia Gondart       Rolland Westreich 

 

Photos AP, VL, vidéo Marc Notredame.

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