La guerre des fautes

dlf-newshound Drôle, pertinent, insolent, insolite, un solo, deux soli, beau comme tout, l’organe qui a deux langues et un seul titre, Newshound, le bulletin de liaison interne anglais-français de plusieurs milliers de fonctionnaires de 28 pays au Parlement européen relève, sous le dessin magnifique d’une loupe pointant « chercher la fôte », le palmarès des fautes de français dans l’Institution.
« Si l’anglais a largement supplanté le français dans les textes législatifs, commence l’article du Chien Courant aux Nouvelles (traduction libre), quelque 7 % des documents examinés en commission et en séance plénière sont encore écrits dans la langue de Molière, se réjouit le journaliste. Le français reste la langue de référence pour la plupart des textes administratifs. »

Encore un peu de français donc, mais avec tellement de fautes, s’effarouche Newshound, qui relève vertueusement les erreurs les plus courantes en donnant la parole à deux chefs, Michel Catuhe, chef de l’Unité de la traduction française, et Philippe Gillard, coordinateur de la qualité. Herlock et Sholmes (Dupont et Dupond en Belgique) ont leurs bêtes noires :
– initier, utilisé comme un calque de l’anglais to initiate, veut dire « lancer, amorcer » ;
– actuellement, pour actually, « en réalité » ;
– alternative, choix entre deux possibilités et non l’une ou l’autre de celles-ci ;
– opportunité, qui n’est pas une occasion mais le « caractère opportun » ;
– éventuellement, traduction erronée d’eventually , qui signifie « en fin de compte » ;
– appeler à, mal employé, car on « invite » l’Union européenne à soutenir la cause des réfugiés…

Les auteurs du relevé exhaustif de ces fautes méritent une place d’honneur dans la délégation DLF ! L’article conclut en donnant une série de bons conseils. La « Helpline » pour l’anglais n’existant pas
pour le français, les traducteurs du Parlement européen se proposent de « relire avec plaisir » les textes importants que tout un chacun leur enverra : formidable ! On peut se référer au Code de rédaction
interinstitutionnel (ça existe !) qui, dans sa quatrième partie, contient « de précieuses recommandations sur certaines spécificités de la langue française ». Michel Catuhe suggère de faire des phrases simples « car tout le monde n’est pas Marcel Proust ». Il préfère le Bescherelle aux correcteurs électroniques qui sont certes pratiques mais pas infaillibles.

L’article de Newshound conclut avec de l’or : « Dans la mesure du possible, écrivez dans votre langue maternelle ! »
La Guerre des Fautes, Bellum Errorum, va faire rage au Parlement européen.


Ambroise Perrin

(article paru dans la revue 261)

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