L’humour chez Proust

 

En octobre 2013, Me Hippolyte Wouters était l’invité d’honneur de DLF à Paris, et présentait L’humour du côté de chez Proust.

Ce merveilleux petit livre est édité chez Glyphe, « Classiques oubliés », 2016, 160 p., 12 €, avec une préface d’Erik Orsenna, de l’Académie française.

 
Revue DLF N° 250 de décembre 2013 :
Avocat au barreau de Bruxelles et auteur de nombreuses pièces de théâtre, qui sont presque toutes des comédies, Hippolyte Wouters observe la vie avec amusement. Qu’il soit l’un des rares lecteurs de Proust à avoir reconnu l’immense humour de celui-ci dans de nombreuses pages d’À la recherche du temps perdu n’a donc rien d’étonnant. Ci-dessous l’avant-propos de L’humour du côté de chez Proust.

Face à Marcel Proust, le public se divise en général en trois catégories.
Il y a tout d’abord ceux qui l’ont lu entièrement et dès lors l’ont presque nécessairement relu ; ce sont ceux que l’on pourrait appeler les « proustiférés ».

Il y a ensuite ceux qui ont essayé de le lire, mais qui n’ont pu arriver au bout soit de l’oeuvre, soit de la phrase ; Proust déclenche incontestablement des allergies, et parmi ces allergiques un humoriste avait même dit de lui que quand on était asthmatique, on ne se lançait pas dans des oeuvres de longue haleine…
Un autre avait rédigé cette épitaphe :
     « Ci-gît Proust.
Les Parques ont voulu l’abattre
Parce qu’il coupait leur fil en quatre. »

Il y a enfin ceux qui ne l’ont jamais lu, et assez curieusement Proust possède parmi ces derniers des admirateurs fervents et des adversaires résolus. C’est la plus belle des consécrations !
Dans cette dernière catégorie d’admirateurs, l’occasion me fut donnée un jour de rencontrer une dame charmante et respectable qui s’était exclamée : « Ah ! Proust, quel auteur merveilleux ! Et Madeleine, quelle héroïne touchante ! » Devinant qu’elle aimerait mieux être trompée que détrompée, je me bornai à lui répondre : « Oui, Madame, cette madeleine est vraiment une héroïne pleine de bon thé. »

S’il est toutefois une caractéristique constante et majeure de Proust qu’aucune de ces trois catégories ne semble avoir relevée, c’est bien son humour.
Si on ne l’aime pas ou si on ne l’a pas lu, cela se comprend, mais les autres ? N’est-il pas étonnant d’entendre si rarement un inconditionnel de Proust parler de son humour ?
Un peu comme si par un snobisme que Proust a sans doute décrit mais aussi suscité, lui trouver des dons comiques reviendrait à diminuer d’autant son propre prestige intellectuel.

Quand on consulte l’immense bibliographie consacrée à Proust, on constate que quasiment personne n’a abordé cet aspect de son oeuvre et que les rares qui l’ont fait sont encore parvenus à ensevelir son humour sous une avalanche de considérations où la science le dispute un peu à l’ennui.

Je voudrais pour ma part tenter d’offrir à une certaine catégorie de lecteurs, que l’oeuvre de Proust ennuie ou rebute, une approche de Proust qui leur donnera, je l’espère, l’envie de le lire plus avant et de découvrir, attirés par son humour, toutes les autres splendeurs que son oeuvre recèle.
N’ayant pu apprécier ou lire Proust plus tôt, ils auront ainsi doublement l’occasion de partir à la recherche du temps perdu…

 

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