Brexit, et après ?

Article paru dans la revue DLF Nº 262 octobre – novembre – décembre 2016

2017-01 24 langues Cruel dilemme pour les défenseurs du plurilinguisme et de l’Union européenne. Faut-il pleurer la fin d’une certaine idée de l’Europe, ou se réjouir d’une occasion inespérée pour ses langues de reprendre leurs droits ? Et d’entendre peut-être les élus et fonctionnaires européens se remettre à parler leur propre langue.

On peut aussi faire preuve d’optimisme, et espérer que le Brexit sera une chance pour les Européens de comprendre enfin ce que leur dit l’Europe et de s’y intéresser, et une chance pour l’Europe de retrouver des valeurs mises à mal par la pauvreté de pensée et d’idées qui va de pair avec la pauvreté du langage.

DLF avec d’autres associations le répète depuis des années, et c’est la raison pour laquelle notre regrettée Claire Goyer avait placé la défense de la diversité linguistique dans les institutions européennes au premier rang des objectifs de DLF-Bruxelles-Europe : car une langue impose son modèle culturel, politique, économique.
Or ce n’est même pas l’anglais qui s’est imposé à l’Europe, c’est le globish : un ersatz de langue, parfois utile sans doute pour demander son chemin ou des frites, mais tout de même très insuffisant pour tenir des discours sensés.

Peu de raisons, hélas, de manifester un optimisme démesuré quant aux suites du Brexit ; vigilance et méfiance sont de rigueur. Si on peut lire des articles d’inlassables partisans du plurilinguisme, tel Jean Quatremer, si de temps à autre on entend un haut responsable s’exprimer sur les conséquences linguistiques du Brexit, la question est loin d’être un cheval de bataille pour les médias et les hommes politiques : au mois de juin dernier, quand tout hebdomadaire sérieux se devait de sortir un dossier sur les conséquences économiques et politiques du Brexit, il fallait une loupe (et du temps devant soi) pour trouver des articles évoquant ses éventuelles répercussions linguistiques et culturelles.

En France, tous semblent avoir oublié que la question linguistique faisait l’objet du premier règlement adopté par la Communauté européenne, un texte qui énonçait sans ambiguïté le principe d’égalité entre les langues officielles et de travail de l’UE et prouvait par là l’importance de cette question dans la construction de l’Europe.

Après le Brexit, il serait absurde que l’anglais restât la langue officielle dominante de l’Union, car les enjeux économiques sont énormes¹ et les entreprises de tous les pays européens sont pénalisées².
Si, en quelque quinze années, le globish s’est imposé au détriment des langues de l’Europe avec la complicité active d’une partie des politiques et des médias, rien n’empêche de perdre de mauvaises habitudes et de réaliser l’union dans la diversité.

Des solutions existent, à commencer bien sûr par la traduction, mais mieux encore, l’intercompréhension. Une prise de conscience se fait, partout des Européens n’ont pas attendu le Brexit pour agir. La Commission européenne elle-même, longtemps peu réputée pour ses efforts linguistiques, communique désormais davantage dans les vingt-quatre langues de l’Europe.

Sans nul doute, les actions des associations œuvrant pour le plurilinguisme et leur refus de céder au diktat du tout-anglais ont participé à cette évolution…

Véronique Likforman

 

¹ À lire, l’article d’Yves Montenay, président de l’Institut culture, économie et géopolitique :
https://yvesmontenay.fr/2016/07/05/la-face-cachee-du-role-de-langlais-a-bruxelles/

² DLF-Bruxelles a récemment adressé une lettre à Jean-Claude Juncker sur Les aspects juridiques de l’usage de la langue anglaise dans la communication de la Commission européenne : http://dlf-bruxelles.eu/?p=2434.

 

 

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