3. De quelques calques fautifs de l’anglais.

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articles précédents : 

introduction 
1.De quelques noms de pays et de régions.
2.De l’emploi abusif de en dans les localisations 

 

 

 

Les calques sont des reproductions de constructions stylistiques et des traductions littérales d’expressions et de locutions d’une langue dans une autre. Ces reproductions sont généralement incorrectes et les traductions souvent erronées, ces dernières étant parfois le fait de traducteurs négligents, fatigués ou surchargés, mais plus souvent aussi celui de journalistes qui croient savoir l’anglais, alors qu’ils n’en ont qu’une connaissance superficielle.

Quelques calques fautifs de tournures anglaises

En anglais, comme dans les autres langues germaniques, le déterminant, nom ou adjectif, se place en principe avant le déterminé. Le français, qui faisait de même au Moyen Âge, a inversé cette manière de faire, sauf dans quelques locutions figées et avec quelques adjectifs très courants¹.

Les exemples de ces nouvelles inversions sont plus nombreux qu’on pourrait le penser :

      - cyber- (Internet) : cyberattaque, cybercafé, cyberbanque, cybercaméra, cybercriminalité, cybercriminel, cyberespace, cybermonde, cybernaute (internaute), 
        cyberterrorisme ;
      - pop (populaire) : pop art, pop culture, pop musique.

Parfois, l’inversion n’est que partielle, ce qui la rend moins discernable : « l’actuelle situation internationale », au lieu de  la situation internationale actuelle.

Quelques calques fautifs d’expressions anglaises

« Prendre en compte » est une traduction littérale de l’anglais to take into account, mais une traduction correcte en français serait tenir compte de, avoir égard à.

A press conference ne devrait pas être traduit littéralement par « une conférence de presse  », car, dans ce genre de réunion, il n’y a pas de conférence à proprement parler, pas de conférencier, mais une présentation, une déclaration, une annonce, un court exposé, suivi de questions de la part des journalistes présents et de réponses de la part des organisateurs. Une conférence se dit d’ailleurs, en anglais, a lecture. Il eût mieux valu traduire par une réunion de presse, mais la traduction peu heureuse sera difficile à faire disparaître.

On sait les Anglais amateurs de thé et it’s just my cup of tea est devenue une de leurs expressions idiomatiques pour dire « c’est justement cela qu’il me faut ». Elle a été traduite littéralement en forme négative – « ce n’est pas ma tasse de thé » – et popularisée par Pierre Mauroy, visant Bernard Tapie, pour dire  ce n’est pas ma préférence, très peu pour moi .

C’est tout à fait erronément que les francophones traduisent birth control par « contrôle des naissances », c’est-à-dire vérification, comptage des naissances. To control, c’est le plus souvent commander, diriger, maîtriser. Par birth control, les anglophones veulent dire  limitation, régulation des naissances.

« Être en charge de » est la traduction littérale de l’anglais to be in charge of, qui ne peut se traduire que par  être responsable de, ou, s’il s’agit d’une mission de moins longue durée par être chargé de (ex. : un chargé de mission).

« Moyen-Orient » est une traduction littérale de Middle East, mais elle ne convient en aucune manière pour désigner, en français, l’ensemble des pays riverains de la Méditerranée orientale. C’est Proche-Orient qu’il faut. Nous publierons un article détaillé à ce sujet dans la revue de l’association.

Sound engineer ne peut pas se traduire par « ingénieur du son », car l’anglais engineer a un sens beaucoup plus large qu’« ingénieur » chez nous. Il recouvre, en effet, les ingénieurs civils et militaires, les ingénieurs techniciens et les simples techniciens. Pour ne pas se tromper, il convient donc de traduire par technicien du son.

Le latin possède des mots différents pour désigner l’être humain (homo) et l’être humain masculin (vir). Il en va de même en allemand (Mensch et Mann) et en néerlandais (mens et man), mais pas en anglais et en français, lesquels ne disposent que de man et homme. Les Anglais contournent la difficulté en parlant de human rights, ce qui ne peut se traduire – en dépit des efforts désespérés des féministes de tout poil – par « droits humains », mais bien par droits de l’homme.

Il existe une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (Paris, Assemblée nationale française, 1789), une Déclaration universelle des droits de l’homme (New-York, O.N.U., 1948), une Convention européenne des droits de l’homme et de sauvegarde des libertés fondamentales (Rome, Communauté européenne, 1950), ainsi que d’innombrables ligues et associations des droits de l’homme, mais il n’y a rien de tel en ce qui concerne de prétendus « droits humains ».

« Visite d’État » est la traduction littérale de state visit, qui signifie simplement visite officielle. Évidemment, « visite d’État » fait plus pompeux, semble donner plus d’importance à l’événement, mais a-t-on déjà vu deux états se rendre visite ?

Et quand la visite n’est pas officielle, les anglophones utilisent l’adjectif informal, qui se traduit en français par officieux, et certainement pas par « informel ». Ce dernier mot signifie  sans forme, qui n’a pas de forme figurative.

 

Stéphane Brabant

Prochain article en septembre 2017

¹ Voir nos articles Bonnet blanc et Blanc bonnet (in Lettres, n° 28, juin 2000, pp. 14-15) et Mont Robert ou Robertmont, (in Lettres, n° 46, juin 2008, pp. 12-13).

 

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