6. De quelques pléonasmes vicieux (A-Co)

 

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articles précédents : 

introduction 
1. De quelques noms de pays et de régions.
2. De l’emploi abusif de en dans les localisations
3. De quelques calques fautifs de l’anglais.
 4. De l’emploi abusif de en avec certains noms de ville
 5. Des abréviations des titres et fonctions de personne

 

 

Un pléonasme (du grec πλεονασμός, surabondance) est l’emploi de mots inutiles pour le sens, mais qui, dans l’esprit de l’auteur ou du locuteur, donnent plus de force ou de grâce à son expression : je l’ai vu, de mes yeux vu. Mais quand la répétition n’ajoute rien dans ce domaine, le pléonasme devient vicieux : « monter en haut » ou « descendre en bas », « avancer en avant », « reculer en arrière », « Les pléonasmes qui ne rendent pas la phrase plus gracieuse ou plus énergique [cas fort rares] sont vicieux. » (Lachâtre, V° pléonasme).

Il ne faut pas confondre pléonasme et tautologie (du grec ταύτό, même, et λόγος, discours). Une tautologie est une répétition inutile de la même idée en différents termes : mandons et ordonnons que… est une tautologie.

La redondance est, pour sa part, une superfluité emphatique du discours, une abondance de paroles, pour la plupart inutiles. « La redondance n’a le plus souvent pour objet que de cacher le vide des pensées sous l’ampleur des mots » (L’Encyclopédie).

L’exemple classique de pléonasme fautif est celui de la panacée universelle. Panacée (du lat. panacea ; du grec panakeia ; de pan-, tout, et akos, remède), à lui seul, signifie déjà remède unique pour toutes les maladies, remède universel. Il serait donc difficile de trouver plus universel que cela.

Moins connu du grand public est le cas d’aujourd’hui, un pléonasme entré dans la langue française et impossible à remplacer. On a dit autrefois « au jour d’hui ». Hui (du lat. hodie, contraction de hoc die, en ce jour), signifiait déjà « aujourd’hui » (comp. it. oggi et all. heute). Aujourd’hui est donc une forme renforcée de hui.

Mais si aujourd’hui n’est plus ressenti comme pléonastique, il en va autrement de la forme populaire au jour d’aujourd’hui.

Applaudir des deux mains se veut un renforcement d’applaudir. Mais comment pourrait-on applaudir d’une seule main ? Applaudir signifie déjà marquer son admiration en battant des mains. Si l’on veut renforcer le verbe, on peut dire, par exemple, applaudir fort, avec enthousiasme.

À l’accoutumée signifie comme de coutume, comme d’habitude. Point n’est besoin d’alourdir cette expression en lui ajoutant un comme supplémentaire dans la formulation pléonastique comme à l’accoutumée. L’expression comme d’habitude suffit amplement à exprimer la même pensée.

Assez satisfaisant est un autre pléonasme condamnable, car assez signifie suffisamment et satisfaisant signifie suffisant, convenable, qui répond à l’attente. Si l’on veut dire que c’est plus ou moins satisfaisant, il faut alors opter pour relativement satisfaisant.

Comment quelque chose peut-il s’avérer vrai ? S’avérer (du lat. verus, vrai), c’est se reconnaître comme vrai, se révéler vrai. Point n’est donc besoin de lui ajouter l’adjectif vrai. On dit d’ailleurs en justice les faits sont avérés et non « les faits sont avérés vrais ».

La conjonction car introduit toujours une explication ou une justification et il en va de même de la locution conjonctive en effet. Accoler les deux dans car en effet revient donc à commettre un pléonasme. On peut dire il a échoué à l’examen, car il n’avait pas étudié ou il a échoué à l’examen, en effet, il n’avait pas étudié. Mais il est incorrect de dire « il a échoué à l’examen, car en effet, il n’avait pas étudié ». Cette faute est fréquente sur les ondes de la radio et de la télévision.

Un autre pléonasme du même genre est comme par exemple. Outre la cause et la simultanéité, la conjonction comme introduit essentiellement un ou plusieurs exemples à titre de comparaison. Point n’est alors besoin de commettre un pléonasme fautif en lui adjoignant par exemple. C’est l’un ou c’est l’autre.

Collaborer, c’est travailler de concert, en collaboration, chacun étant responsable de sa contribution à une œuvre commune. Il s’agit généralement d’un travail de nature intellectuelle : collaborer à un journal, à une revue, à une recherche, à un ouvrage collectif, à un dictionnaire, à une encyclopédie, à une exposition, etc. On peut collaborer avec quelqu’un à cette œuvre, mais collaborer ensemble est pléonastique, ensemble étant une précision superflue.

De même, coopérer, c’est agir conjointement avec une ou plusieurs autres personnes ayant un objectif identique. L’action étant conjointe, c’est une faute de parler de coopérer ensemble.

 

Stéphane Brabant

Prochain article en décembre 2017.

 

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