8. De quelques pléonasmes vicieux 3 (I-R)

Stephane

 

 

articles précédents : 

introduction 
1. De quelques noms de pays et de régions.
2. De l’emploi abusif de en dans les localisations
3. De quelques calques fautifs de l’anglais.
 4. De l’emploi abusif de en avec certains noms de ville
 5. Des abréviations des titres et fonctions de personne
– 6. De quelques pléonasmes vicieux (A-Co)
– 7. De quelques pléonasmes vicieux 2 (C-I)

 

I.

L’initiative est l’action de celui qui est le premier à proposer, entreprendre, organiser quelque chose : il a pris l’initiative d’une démarche, d’une pétition, d’un mouvement. Il est donc pléonastique de dire que la première initiative lui en revient.

J

Convoler en justes noces appelle quelques développements. Convoler vient du latin convolare, voler vers, et signifie se remarier. Ce verbe commence à prendre, par extension, le sens de simplement se marier. Les snobs croient devoir y ajouter à chaque fois en justes noces, montrant ainsi qu’ils ne connaissent pas le sens du mot et se glorifiant d’un pléonasme. Car comment peut-on se marier ou se remarier si ce n’est dans des noces ?
Mais pourquoi « justes » ? Des noces pourraient-elles être injustes ? Juste avait aussi le sens d’exactement conforme aux règles et devoirs de la religion.

M

L’entraide est une aide mutuelle, une assistance réciproque, une collaboration partagée. Lui ajouter l’adjectif mutuel dans entraide mutuelle est donc superfétatoire.

P

Au terme de jeux et de petits concours radiophoniques, auxquels les auditeurs participent par courrier ou sms (short message service), on entend régulièrement les présentateurs conclure par « Le gagnant sera prévenu personnellement ». Ils ne comprennent pas qu’ils commettent un pléonasme, car comment prévenir un gagnant autrement que personnellement ?

Un nain est, par définition, beaucoup plus petit que la normale. Il est dès lors inutile de le qualifier de petit et de parler d’un petit nain. Toutefois, si l’on veut insister sur la petitesse, on pourra dire un nain très petit, un nain exceptionnellement petit. On remarque que, dans ce cas, l’adjectif ne précède pas, mais suit le nom et en est séparé par un adverbe.

Plus pire est un autre pléonasme vicieux, puisque pire signifie déjà plus mal ou plus mauvais.

Dans le même genre que « au grand maximum », la perfection implique que l’être ou la chose qui en l’objet est absolument sans défaut ni imperfection. C’est donc un pléonasme de dire le plus parfait ou plus parfait que… Il n’y a qu’en matière grammaticale (conjugaison des verbes) qu’il existe un plus-que-parfait.

Quand un criminel connu est en cavale ou en liberté mais recherché, la police ou le parquet prévient la population sur les ondes radiophoniques ou télévisuelles que l’individu est potentiellement dangereux. Que vient faire ce « potentiellement » ? Qu’ajoute cet adverbe ? Convient-il de toujours édulcorer ce qui touche à l’insécurité ? Et s’ils disaient tout simplement que l’individu est dangereux, ne serait-ce pas la même chose ?

Les responsables d’une action critiquable se défendent souvent en soutenant qu’ « il n’y avait pas d’autre solution possible ». Comme il n’existe pas de solution impossible, toute solution est a priori possible. Une solution est la façon ou une façon de résoudre un problème, une difficulté, un conflit. L’adjectif possible peut donc être omis sans dommage.

« Nous riposterons sans avertissement préalable » est un bel exemple de pléonasme fautif. Avertir, c’est prévenir l’interlocuteur d’un danger ou d’un risque pour lui. Par définition, l’avertissement précède toujours l’événement fâcheux possible. Alors, ne suffit-il pas de dire « Nous riposterons sans avertissement. » ?

R

Un disque (du lat. discus, palet) est tout objet plat et rond ou lenticulaire, ainsi que, par extension, ce qui nous apparaît comme tel (le disque solaire). Il est donc fautif de parler de disque rond.

 

Stéphane Brabant
Prochain article en février 2018.

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