La langue française en danger, ou pas ?

On nous dit d’un côté que la langue française n’est pas en danger, qu’il n’est nul besoin de la défendre. De l’autre, des cris d’alarme se font entendre : peut-être les uns et les autres ne parlent-ils pas de la même chose.

Quand des amoureux de notre langue, et non des moindres, s’inquiètent et se battent pour elle, ils ont mille fois raison. 
Québec

En France, la précision, la beauté de la langue française sont ignorées, voire méprisées ; il se trouve des idiots utiles pour abandonner leur langue maternelle – et les avantages économiques qu’elle peut apporter, par la même occasion – au profit d’un charabia pseudo-anglais ; d’autres pour vouloir la simplifier, au prétexte que les Français seraient trop stupides pour en apprendre les règles et l’orthographe, préférant ignorer que ce sont, aussi, les subtilités, la logique et les difficultés d’une langue qui forment les esprits ; d’autres encore, ou les mêmes, veulent la plier de force à leurs revendications.

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La langue évoluera sans eux au gré de ses locuteurs. Encore faut-il laisser du temps à l’usage, sans essayer d’imposer des modes ou des convictions socio-politiques : quand discriminations il y a, ce n’est pas la langue qu’il faut tordre, ce sont les esprits qu’il faut redresser. Une langue ne peut voir sa structure changer qu’au rythme de l’évolution du peuple qui la parle, dit Alain Bentolila.

 
Une langue ne peut pas et ne doit pas être figée, doit s’enrichir d’apports d’autres langues, sans en pâtir, bien au contraire.

Mais on doit lutter contre l’invasion des anglicismes. Bernard Pivot disait : le problème c’est que le français ne s’enrichit que d’une langue, c’est son drame.
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On serait tenté de remplacer « s’enrichit » par « s’appauvrit ». Les emprunts enrichissent la langue quand ils apportent des mots nouveaux ; quand ils remplacent, moins précis, pompeux et inutiles, ceux qui existent, ils appauvrissent la pensée en même temps que la langue.

Bernard Pivot à l’Alliance française, à Paris


On reste sidéré quand des précieux ridicules confondent genre grammatical et sexe, et prétendent abolir les inégalités en massacrant l’étymologie et la logique d’une langue. À quand des discriminés réclamant un masculin des mots vedette, sommité, célébrité, personnalité et tant d’autres ?

Le bon sens et la simplicité devraient faire entrer une ministre, une maire, une auteur, une juge, une chef, dans le vocabulaire sans les affubler de « marques du féminin », au fond plutôt sexistes. Va-t-on bientôt exiger la chaleure et une enfante ?
Plutôt que changer encore les règles d’accord, ne peut-on pour commencer modifier la phrase le masculin l’emporte sur le féminin, tout en en profitant pour expliquer les notions de neutre, et de genre grammatical ? 

Sans parler de la double peine, imprononçable à l’oral et illisible à l’écrit : l’écriture inclusive. Si ses défenseur∙euse∙s (pourquoi diable mettre le masculin devant ?) obtenaient un jour gain de cause, le résultat serait de décourager bien des lecteurs, et de nuire ainsi à l’intelligence et à l’ouverture d’esprit… favorisant ainsi les inégalités.
Ce n’est pas avec l’écriture inclusive que l’on fera reculer la discrimination sexuelle, dit aussi Alain Bentolila. Effectivement, on peut trouver mieux.

 

Le français pour l’instant n’est pas en danger d’être moins parlé, c’est vrai, la francophonie se porte bien ; mais quel français ?

La langue française n’appartient pas à la seule France, qui ne peut décider des règles et des changements pour tous les francophones. En revanche, la France peut, et devrait, proposer un modèle qui respecte la logique et l’étymologie. Elle doit surtout réapprendre à aimer sa langue, en retrouver le goût et se souvenir du pouvoir des mots justes et précis.
Sinon, si on continue à lire partout de stupides slogans en anglais – les agences de publicité gagneraient à embaucher ces amoureux du français évoqués plus haut – , à singer des tics de langage et à se laisser persuader que le français n’a pas sa place dans les entreprises ni même parfois dans les universités et grandes écoles, les étudiants finiront par préférer l’original au jargon franglais.

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Les institutions européennes, où le français a perdu du terrain depuis quinze ans par la seule faute des Français eux-mêmes, devraient nous servir d’avertissement : dans les pays francophones, le français sera certes toujours parlé, mais en grand danger d’être délaissé dans les milieux politiques, diplomatiques, économiques.

Si la francophonie se porte bien, le français a besoin de vitamines. 

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