Un Atlas du français de nos régions

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Mathieu Avanzi vient de publier un intéressant Atlas du français de nos régions, illustré et en couleurs avec de nombreuses cartes très parlantes du français tel qu’on le parle en France et aussi en Romandie, à Bruxelles et en Wallonie. Il s’agit de mots régionaux, de prononciations régionales et même d’orthographes régionales.

Il faut saluer cette initiative originale et qui a certainement demandé beaucoup de recherches, d’enquêtes, de déplacements et de temps. Elle permet de s’apercevoir qu’il n’existe pas un français commun avec quelques variantes périphériques, mais un français central avec de nombreuses différences régionales, cependant comprises par la plupart des francophones d’Europe.

Qu’il nous soit cependant permis – non pas pour critiquer l’ouvrage, mais pour en améliorer un rien le contenu – de faire quelques remarques, de noter l’une ou l’autre inexactitude et d’apporter  plusieurs précisions. Nous limiterons nos observations aux régions que nous pensons connaître un peu.

Au rayon des viennoiseries, la dénomination « petit pain au chocolat » est celle utilisée à Bruxelles et en Wallonie, comme dans le nord de la France (et non celle de « pain au chocolat ») (p. 33).

Il en va de même du « pain aux raisins » que les Belges nomment « couque suisse » comme dans le nord de la France (p. 37). Il s’agit d’une pâtisserie aux raisins secs, contenant un peu de crème pâtissière et nappée de sucre glace. Le cas le plus fréquent est celui du ruban étroit enroulé, mais il en est aussi en lanières repliées deux fois sur elles-mêmes, auxquels cas on précise couques « rondes » ou « rectangulaires ».

On peut regretter que l’auteur ait omis de signaler le cas de la « baguette » et celui du « chausson », qu’en Belgique, on nomme respectivement « pain français » (les Belges ne connaissent pas la ficelle, la flûte et le bâtard) et « gosette » aux prunes, au corin, aux pommes, aux cerises, etc.

Nous ne partageons pas l’avis de l’auteur quand il place la Belgique parmi les régions où l’on prononce [ʀønaʀ] (reunar) pour « renard » (p. 65).

On peut regretter aussi que l’auteur ne dise rien de la difficulté qu’ont beaucoup de Français éloignés des régions à parlers germaniques à prononcer correctement le w. Pour la plupart des mots d’origine anglaise, ils le prononcent « ou » : wapiti « ou-apiti », warrant « ou-aran », water-closet « ou-atèr-closet », Washington « Ou-achington’ », whisky « ou-iski). Pour les autres, ils le prononcent « v » : wagon « vagon », wallon « vallon », Wagner « Vagnèr », Wagram « Vagram », Waterloo « Vatèrlo », etc.

C’est peut-être aussi un peu dommage qu’il n’ait rien dit de la prononciation mise en évidence dans le film Bienvenue chez les Ch’tis, avec « les chiens » pour « les siens ».

Dans les mots du grand Ouest (pp. 68 et ss.), on ne trouve pas l’expression « je vous paie l’apéritif » pour dire « je vous l’offre » (que ce soit au café ou à la maison) « avec des gâteaux » pour dire « des biscuits » secs et salés. On ne trouve pas non plus « écraser » au sens de casser, démolir (écraser un appentis, une grange, un garage), ni « velle », féminin logique de veau (comme agneau, -elle). Tous ces mots et expressions sont d’usage courant en Périgord et sans doute au-delà.

L’explication donnée en bas à droite de la page 82 pour expliquer le « télescopage » des verbes pouvoir et savoir ne nous semble pas exacte. C’est plutôt la proximité phonétique des verbes néerlandais « kunnen » (pouvoir, avoir la capacité) et « kennen » (savoir, connaître) qui en serait la cause. Quant à l’autre sens de pouvoir (avoir la permission, l’autorisation), il se traduit en néerlandais par « mogen ».

De notre vie, nous n’avons entendu en Belgique l’expression « être nareux (ou néreux) » (p. 84). Dans le Dictionnaire de l’ouest-wallon d’Arille Carlier, nous avons cependant trouvé, pour la région orientale du Hainaut, « nareûs, -e, adj., délicat, difficile sur la propreté des aliments, très sensible à leur aspect, à leur odeur, à leur saveur ». Il s’agit donc ici d’un mot dialectal, d’emploi localisé et qui ne fait pas partie du français de Belgique.

La forme « porreau » est ancienne et désuète (p. 147). Elle a été remplacée par poireau (d’après poire). Mais il est vrai que les Belges, conformément à l’étymologie,  prononcent [pOʀo] pour « poireau », tout comme ils disent, et les Français aussi d’ailleurs, [Oɲɔ̃] (ognon) pour « oignon ».

« Farde » (p. 153) est considéré comme populaire et impropre. En Belgique, on emploie volontiers chemise, ou alors pochette quand celle-ci (généralement en plastique) est fermée sur deux ou trois côtés.

Il arrive enfin que certaines illustrations aient été mal choisies, tel ce lézard vert pour un commentaire sur le lézard gris des murailles (p. 74) ou cet escargot de Bourgogne pour un autre commentaire sur le petit-gris (p. 75), mais ces imperfections sont de minime importance en regard de l’intérêt et de l’originalité de l’ouvrage.


Stéphane BRABANT

 

M. Avanzi, Atlas du français de nos régions, Paris, Armand Colin, 19,5 x 25,5 cm, 160 p., 15,90 € en France (17,85 € en Belgique en décembre 2017).

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