5. Prononciation du nom de quelques villes

Stephane

 

1. De quelques villes homonymes

2. Villes dont le nom a évolué

3. Istanbul et son emblème

4. Honni soit qui mal y pense ! Bordeaux, ou les « bordels »

 

 

 

 

 

Les hésitations sont nombreuses chez beaucoup de gens quand ils doivent prononcer le nom de villes qui ne leur sont pas familières, que celles-ci soient francophones ou non. Ils se basent alors sur l’orthographe et s’évertuent à dire les noms comme ils les voient écrits.

Mais en ce domaine, l’orthographe n’est nullement un guide sûr : les dictionnaires donnent de moins en moins la prononciation et quand ils le font, c’est évidemment en alphabet phonétique, avec lequel l’usager moyen est peu familiarisé. L’orthographe est même souvent trompeuse, ainsi qu’on va s’en rendre compte.

Le a initial et intérieur

Quand le a précède immédiatement une voyelle e ou o, c’est lui qui l’emporte et rend cette seconde voyelle muette : Caen, Maestricht¹ [mɑstʀikt] (comme Maelström), Schaerbeek, Craon, Laon, comme faon, paon, taon (exception : lycaon [likaɔ̃]).

Toutefois, c’est lui qui s’efface dans Le Faou (Finistère), prononcé fou [fu], dans le nom de la rivière éponyme et les autres toponymes composés et dérivés, mais le a se prononce cependant dans tous les patronymes qui en sont issus : fa-ou [fau].

Le a initial ne se prononce pas non plus dans Aoste (ni dans août). Ce sont les italophones qui prononcent toutes les lettres d’Aosta. Il convient donc de parler du Val d’Aoste [ɔst], de la ville d’Aoste, du jambon d’Aoste, etc., tout comme on dit « valdôtain » (ici, l’accent circonflexe indique l’allongement du o en raison de l’amuïssement du s).

Le c final

Le c final est fréquent dans les noms qui se terminent en -ec (Caudebec-Lès-Elbeuf, Québec) notamment en Bretagne (Briec, Cléguérec, Guilvinec, Perros-Guirec, Plouhinec, Riec-sur-Belon, Saint-Thégonnec), en -ac (Callac, Carnac, Loudéac, Muzillac, Pipriac), en -ic (Languidic, Volvic), en -euc (Saint-Brieuc) et en -unc (Trégunc).

Alors qu’en français, la consonne finale des toponymes ne se prononce généralement pas, elle se prononce dans les noms de ville ci-dessus, sauf dans Saint-Brieuc.

Le c final se prononce aussi dans les noms en -oc (Médoc et ses composés) et les innombrables noms occitans se terminant en -ac : Aurillac, Bergerac, Cognac, Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, Figeac, Florac, Gaillac, Jarnac, Langeac, Lussac-les-Châteaux, Mauriac, Mérignac, Moissac, Monbazillac, Montignac, Najac, Pauillac, Payzac, Savignac-Lédrier, Vic-Fezensac, etc.

Le digramme ch dans ses diverses positions

Le digramme ch initial, intérieur ou final se prononce [ʃ] comme dans chat, chien, cheval : Auch [oʃ], Charleroi, Charleville-Mézières, Chooz [ʃo].

Font exception quelques noms d’origine étrangère (grecque, phénicienne, allemande, bretonne, etc.) où le digramme transcrit ch ne se prononce pas (Penmarch) ou, le plus souvent, se prononce [k] : Chalcédoine, Chio, Munich, Zurich…

Le g final

Le g final ne se prononce pas dans tous les noms en -bourg : Sarrebourg, Strasbourg, Bourg-en-Bresse…

Dans le trigramme -ing, le g ne se prononce pas non plus : Beauraing, Seraing, Tourcoing.

Le s final

Le s final ne se prononce généralement pas. C’est vrai pour les noms au pluriel : Les Issambres, Les Eyzies-de-Tayac, Les Loges, Les Sables-d’Olonne. C’est vrai aussi pour les noms au singulier ou sans article : Amiens, Armentières, Aubenas, Bagnols-sur-Cèze, Paris, Privas, Salernes, Tournus, Troyes, Vincennes, etc.

Anvers fait exception [ɑ̃vɛʀs]. Il ne convient donc pas de prononcer le nom de la ville portuaire scaldéenne comme envers, ainsi que le font beaucoup de Français

Le s final se prononce aussi dans Alès, Ambès, Arras, Fleurus, Lens, Meknès, Mons, Prats de Mollo, Reims, Senlis, Sens.

Le t final

Le t final ne se prononce normalement pas : Châtellerault, Chaumont, Clermont, La Garde-Freinet, Rochechouart, Rochefort, etc.

Font exception : Apt, Brest et Brest-Litovsk.

Le x initial

Le x initial ne se prononce pas dans les toponymes de la région verviétoise (Liège), mais il provoque l’aspiration du h qui suit : Xhendelesse, Xhendremael, Xhoris, Xhovémont.

Le x initial se prononce [k] dans Xeres [kɛʀɛs] (Jerez de la frontera en castillan). Le vin originaire de cette région s’appelle xérès [kséʀɛs] en français et sherry en anglais. Remarquez la différence d’orthographe et de prononciation entre le nom de la ville et celui du vin.

Le x initial se prononce [ks] dans Xante (Grèce) et Xi’an (Chine).

Le x intérieur et final

Le x intérieur se prononce comme un s dans Auxonne, Bruxelles [bʀusɛl] et Auxerre [ɔsɛʀ], et non comme un x [ks], ainsi que le font beaucoup de Français.

Mais le x est prononcé x [ks] dans Saint-Germain-l’Auxerrois.

Le x final se prononce x [ks] dans Aix (et tous ses composés), Bex (Vaud), Cadix (Andalousie), Château-d’Œx (Vaud), Dax (Landes), Gex (Ain).

Mais il ne se prononce pas dans Bordeaux (Gironde), Bressoux (Liège), Carhaix, Chamonix (Haute-Savoie), Chaumont-Gistoux (Brabant wallon), Foix (Ariège), Limoux (Aude), Meaux (Seine-et-Marne), Montreux (Vaud), Morlaix (Finistère), Onex (Genève), Oyonnax (Ain), Périgueux (Dordogne), Pessoux (Namur), Roubaix (Nord), Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), Trévoux (Ain).

Le z final

Pas plus que le s final, le z final ne se prononce, en principe, pas : Avoriaz, Beauwelz (Hainaut), Beez (Namur), Chooz [ʃo], Douarnenez Grez-Doiceau, Saint-Tropez, Péruwelz (Hainaut), Perwez (Brabant wallon). En Wallonie plus particulièrement, jamais le z des finales de noms de localités en -oz ne se prononce : Acoz, Berloz, Curfooz, Enfooz, Ferooz, Fooz, Furfooz, Ivoz, Longdoz, Looz, Onoz, Ponthoz, Trooz Vervoz…

Mais il est des exceptions : L’Alpe-d’Huez (remarquons qu’ici le e final d’Alpe se prononce), Biarritz, Fez, Metz, Orthez [ɔʀtɛs], Rodez, Saint-Moritz.

Et dans la plupart des patronymes, le z final se prononce : Booz, Berlioz, Mermoz…

 

¹ Et non Maëstricht, graphie nouvelle inventée en 1992 par des Français ne sachant pas comment prononcer le nom de cette vieille ville limbourgeoise. Le Petit Larousse 2019 ne connaît cependant cette ville ni sous cette graphie ni sous son nom français, mais uniquement sous son nom néerlandais (Maastricht).

 

Stéphane Brabant
Prochain article en septembre 2018

 

 

 

Et aussi