8. De quelques villes rebaptisées

Stephane

 

1. De quelques villes homonymes

2. Villes dont le nom a évolué

3. Istanbul et son emblème

4. Honni soit qui mal y pense ! Bordeaux, ou les « bordels »

5. Prononciation du nom de quelques villes

6. Gentilés urbains

7. De quelques villes qui ont changé de nom

 

 

Un certain nombre de villes dans le monde ont été rebaptisées du jour au lendemain par leurs conquérants ou des dictateurs en place, tantôt pour leur donner le nom qu’elles avaient dans la langue des occupants, tantôt pour satisfaire l’ego de ces dictateurs ou celui de leurs fidèles, tantôt encore pour tenter de pérenniser leurs noms.

Le cas de Byzance, rebaptisée Augusta Antonina par Septime Sévère avant de redevenir Byzance, a été vu à l’article Istanbul. 

Aux États-Unis 

En 1609, les Hollandais s’installent sur l’embouchure du fleuve Hudson, à la pointe méridionale de Manhattan. Ils y construisent un petit fort, De Batterij, destiné à protéger un comptoir commercial. Une petite bourgade se développe et prend le nom de Fort Nassau en 1614. En 1626, les Hollandais achètent l’île aux Indiens pour l’équivalent de 22 $. La petite agglomération s’étend vers le nord de l’île et prend le nom de Nieuw Amsterdam. Elle déborde ensuite sur le continent, avec des quartiers comme Hoboken et Orange à l’ouest, Spuyten au nord et Nieuw Utrecht au sud-est. 

Au terme de la deuxième guerre anglo-batave (1664-1667), perdue par les Hollandais, ces derniers doivent abandonner toute la Nouvelle-Hollande (Nieuw Amsterdam, New Jersey et Delaware) et les Anglais rebaptisent Nieuw Amsterdam en New York, pour honorer James, duc d’York, frère du roi Charles II Stuart et président de la nouvelle Compagnie royale d’Afrique, qui s’en était prise au commerce des esclaves noirs, pratiqué par les Hollandais. 

Au cours de la troisième guerre anglo-batave (1672-1674), les Hollandais reprennent très temporairement la Nouvelle-Hollande, et New York retrouve, un moment, son nom de Nieuw Amsterdam, mais finalement, ce sont de nouveau les Anglais, cette fois alliés aux Français, qui l’emportent et la ville redevient New York. Les Hollandais ne conservent en Amérique que leurs possessions caribéennes (Aruba, Curaçao, Bonaire et la moitié de Sint Maarten), mais obtiennent en compensation la Guyane hollandaise, futur Surinam.

En Allemagne 

La vieille ville allemande de Chemnitz a été rebaptisée Karl-Marx-Stadt par les communistes en 1953, mais elle a repris son nom en 1990, après la chute du mur de Berlin. 

En Lituanie 

Fondée par les chevaliers Teutoniques en 1252, la ville de Memel et son territoire furent enlevés à la S.D.N. par les Lituaniens (15 janvier 1923), qui la rebaptisèrent Klaïpeda (coup de force entériné le 8 mai 1924). Transformée en ville libre, Klaïpeda rechangea ensuite plusieurs fois de nom au fil de ses occupations successives. Hitler y entra le 23 mars 1939 à bord d’un cuirassé et y harangua ses partisans du haut du balcon du théâtre municipal. Intégrée à la Lituanie en 1940, occupée par les Allemands (juin 1941), la ville fut prise par les Russes (10 octobre 1944), reprise par les Allemands et de nouveau reprise par les Russes (28 janvier 1945) et réincorporée à la Lituanie (russe à ce moment). 

En Russie 

Saint-Pétersbourg, qui était devenue Petrograd en 1914, puis (à la mort de Lénine) Leningrad en 1924, est redevenue Saint-Pétersbourg en 1991. 

L’ancienne ville de Tsarytsine, que Staline avait rebaptisée de son nom (Stalingrad) en 1925, a été rebaptisée Volgograd par Khrouchtchev en 1961. 

Tver, sur la Volga, a été rebaptisée Kalinine en 1931 en l’honneur de Mikhaïl Ivanovitch Kalinine, président du Comité exécutif des Soviets, puis du præsidium du Soviet Suprême, mais elle a repris son nom d’origine en 1990, alors que le nom de Kalinine avait aussi été donné à Königsberg, rebaptisée Kaliningrad par Staline, qui en a fait une enclave russe entre la Lituanie et la Pologne. 

Iekaterinbourg, la ville où l’ex-tsar Nicolas II et toute sa famille furent exécutés le 17 juillet 1918 a été rebaptisée Sverdlovsk par Staline en 1924, mais a repris son nom de Iekaterinbourg en 1991 sous Boris Ieltsine. 

Développée autour d’un château-fort construit par le Suédois Tyrgils Knutsson en 1293, la ville finlandaise de Viipuri fut cédée à la Russie en 1721 et incorporée au grand-duché russe de Finlande, devenu pays indépendant en 1918. Conquise par les Russes en mars 1940, reconquise par les Finlandais en 1941, puis à nouveau par les Russes en juin 1944, la ville, la deuxième plus importante de Finlande, rebaptisée Vyborg par les Russes, leur fut définitivement abandonnée à Paris en 1947. 

Au Tadjikistan 

Au Tadjikistan, Alexandrie Eskhaté, devenue Khodjent après l’effondrement de l’empire d’Alexandre le Grand, fut rebaptisée Leninabad en 1936, mais redevint Khodjent en 1991. 

En ex-Yougoslavie 

En ex-Yougoslavie, le maréchal croate Josip Broz, dit Tito, fit rebaptiser Podgorica, la capitale du Monténégro, en Titograd dès 1945, mais celle-ci reprit son nom de Podgorica en 1991. 

Au Congo ex-belge 

Le « maréchal » Mobutu Sese Seko, pour se défaire des traces du colonialisme, a remplacé en 1971 le nom de toutes les villes principales du Congo : Léopoldville par Kinshasa, Coquilhatville par Mbandaka, Stanleyville par Kisangani, Élisabethville par Lubumbashi. Tout comme il rebaptisa le pays et son fleuve en Zaïre, ainsi que sa monnaie (le franc) en zaïre, avant que ces derniers noms (pays, fleuve, monnaie) retrouvent leurs anciennes dénominations en 1997 avec Laurent-Désiré Kabila. 

Au Zimbabwe 

L’ex-dictateur du Zimbabwe, Robert Gabriel Mugabe, au pouvoir depuis l’indépendance (1980) à sa sortie forcée dans un carrosse doré (novembre 2017), a rebaptisé sa capitale, Salisbury, en Harare en 1980 ou peu après. 

Au Viêt Nam 

Hô Chi Minh (1890-1969) avait fondé en 1930 le parti communiste indochinois, puis, comme chef de celui-ci, il avait fondé en 1941 le Viêt-Minh ou Front de l’Indépendance du Viêt Nam. Après la guerre d’Indochine (1946-1954), la moitié nord du Viêt Nam accéda à l’indépendance (1954). Dès 1956, Hô Chi Minh rallia les opposants sud-vietnamiens à Ngo Dinh Diem au sein du Viêt-Cong et fonda en 1960 le Front national de libération du Viêt Nam du Sud. La guerre, d’abord larvée, puis ouverte entre le Nord et le Sud reprit et ne se termina qu’en 1975 par la facile prise de Saigon, abandonnée par ses défenseurs. 

Hô Chi Minh était mort entre temps et Saigon fit aussitôt rebaptisée Hô Chi Minh-Ville, mais ce changement de nom n’a jamais été accepté par les habitants de cette ville et de toute la Cochinchine. Partout, on continue à appeler Saigon la plus importante ville du pays. 

Conclusion 

On remarque que la propension à rebaptiser certaines villes est particulièrement forte chez les communistes et que, d’une manière générale, les nouveaux noms ne tiennent que quelques décennies ou sont carrément ignorés par la population. 

 

Stéphane Brabant 

Prochain article en décembre 2018 

Et aussi