De quelques approximations et contresens – 1

Brabant-Stephane6

 

Approximations et contresens

Quantité de mots français ne sont plus bien compris par la population et les journalistes et sont utilisés dans un sens approximatif et souvent même à contresens. Ces sens approximatifs et contresens affectent tant de simples mots que des expressions, mais nous nous limiterons ici aux mots.

 

 

 

A

Achalandé

On entend souvent dire « un magasin bien achalandé »  pour parler d’un magasin bien fourni en marchandises diverses faisant l’objet de son commerce, où l’on peut trouver ce que l’on cherche : une papeterie bien achalandée, une mercerie bien achalandée, une librairie bien achalandée ; propreté et confort achalandent un hôtel.

Toutefois, achalander signifie attirer, faire venir les chalands. Ce verbe a donné un dérivé, achalandage : enseigne et réclame sont deux moyens d’achalandage pour un marchand, c’est-à-dire d’augmenter sa « pratique », d’attirer plus de clientèle.

Un magasin bien achalandé signifie donc un magasin qui a une belle clientèle et non un magasin bien approvisionné, convenablement fourni.

Chaland (adj. substantivé, de l’anc. français chaloir, avoir de l’intérêt) désigne une personne intéressée, un client potentiel. Son antonyme, nonchalant, s’est d’abord appliqué à une personne qui n’a pas d’intérêt, puis à une personne sans activité, sans ardeur par indifférence, par insouciance.

Il ne faut pas confondre chaland, client potentiel, avec chaland (du bas grec kheladion), bateau non ponté et à fond plat employé sur les fleuves et dans les rades pour le transport des marchandises.

Quant à chaloir (du lat. calere, s’échauffer pour, être chaud pour), il est devenu un verbe impersonnel défectif qui ne s’emploie plus qu’à la 3personne du singulier et sa signification est passée de « s’intéresser à » à « intéresser, importer (être important) » : il me chaut ; peu me chalait (peu m’importait) ; non pourtant qu’il m’en chaille (La Fontaine).

(Avoir) affaire à

Avoir affaire à quelqu’un (être en rapport conflictuel avec lui, être son adversaire) ou avec quelqu’un (une affaire à traiter, un contrat à négocier) n’est pas avoir à faire quelque chose (une disposition à prendre, un message à transmettre).

S’affronter

« Les gilets jaunes se sont affrontés aux policiers », a-t-on entendu sur France 2 le 15.12.2018 à 20 h 05 !

Affronter est un verbe transitif (les gilets jaunes ont affronté les policiers), mais dans un emploi pronominal réfléchi, le verbe ne peut accepter un autre objet de l’affrontement que le sujet. Donc, ou bien c’est « les gilets jaunes se sont affrontés [sous-entendu : entre eux] » – ce qui n’est pas ce que le journaliste a voulu dire – ou bien c’est « les gilets jaunes et les policiers se sont affrontés ».

Alternative

Une alternative (de alternatif) est une situation dans laquelle il n’est que deux partis possible. Le mot ne s’applique nullement à un parti unique. Il est donc impératif de remplacer la phrase traditionnelle « il n’y a pas d’autre alternative » par il n’y a pas d’autre solution, pas d’autre option, pas d’autre possibilité.

Alunir

« Ce néologisme – alunir– a été refusé par l’Académie des Sciences, l’Office du Vocabulaire français et l’Académie française pour la bonne et simple raison que, à leurs yeux, le verbe atterrir suffit bel et bien pour désigner l’action de prendre contact non point uniquement avec la planète Terre, mais avec le sol en général, fût-il celui de la Lune ou de la planète Mars. De toute façon, on ne gaspillera pas trop de précieuses secondes en disant que des astronautes américains se posèrent sur la Lune en 1969, tout comme on dit que de nombreux avions se posent à Orly sans chercher le moins du monde à inventer un verbe formé sur ce dernier nom.

» Enfin, en acceptant aujourd’hui alunir et alunissage, ne devrait-on pas demain accueillir « amarsir » et « amarsissage », « avénusir » et « avénusissage », « ajupitérir » et « ajupitérissage », etc. ? Dans ce cas, où s’arrêterait-on ? »¹.

Assistant

Assistant, participe présent substantivé d’assister, a deux sens opposés.

D’abord, celui de personne présente qui assiste volontairement mais passivement à quelque chose : les assistants à une réunion, à une assemblée, à une projection ; les assistants à une naissance, à un mariage, à un décès. Les témoins sont ceux qui assistent passivement, mais involontairement.

Ensuite, le sens de collaborateur actif qui assiste quelqu’un pour le seconder : les assistants d’un professeur, les assistants d’un chirurgien, les assistants d’un metteur en scène, les assistants sociaux.

 

Stéphane Brabant

Prochain article en févier 2019

 

¹ J. Capelovici, Guide du français correct, V° alunir.

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