Compte rendu de la conférence-débat du 26 mai 2015

KIKOZENKOI
Conférence-débat du 26 mai 2015, avec : Chloé Dessaint, Miguel Angel Martinez, Élisabeth Morin-Chartier, Delphine Bourgeois, Olga Cosmidou, José Bové.

 
image001-1

Le mardi 26 mai, la conférence-débat organisée par DLF Bruxelles-Europe réunissait de brillants intervenants et un public de passionnés dans une ambiance détendue et l’atmosphère chaleureuse du Petit Théâtre Mercelis à Ixelles. 

 

Chaque intervenant a exprimé ses convictions – avec plus ou moins de fougue – le public a participé (merci entre autres à Mesdames Françoise Wuilmart, Cécilia Gondart, Afaf Hemamou, à Messieurs Trân Van Thinh, René Goyer, Rolland Westreich, Marc Notredame… et à ceux dont les noms n’ont pu être notés) et un constat : tout le monde est d’accord, le tout-anglais, ou devrions-nous dire le tout-globish, est une catastrophe tant culturelle et linguistique qu’économique et sociale !
Alors qu’attendent quelques uns de nos responsables politiques et fonctionnaires européens pour respecter à la fois les Traités, les objectifs, et la devise de l’Union européenne : Unie dans la diversité ?

Bel hommage à cette diversité rapporté par Me François Roux : En Décembre dernier, avec quelques amis membres du Corps diplomatique et des Institutions Internationales à la Haye , nous avons organisé une tournée de l’Orchestre pour la Paix créé par le pianiste Argentin Miguel Angel Estrella, autrement appelé l’Orchestre des enfants d’Abraham. Il s’agit de musiciens professionnels, arabes, juifs, chrétiens, laïques, d’Israël, Egypte, d’Europe, d’Amérique latine. Comme un journaliste demandait au Chef d’Orchestre, Nader Abassi, Egyptien, qu’elle est la plus value de faire ainsi jouer ensemble des musiciens de cultures, confessions, nationalités différentes, celui-ci répondait : « Cela donne un son particulier, un son unique » Je n’ai jamais entendu meileure définition de la diversité : la diversité donne un son particulier, un son unique.

 

« Quelle(s) langue(s) parle-t-on dans les institutions européennes ? »
Chloé Dessaint

Intervention de Chloé Dessaint, chargée du dossier multilinguisme, éducation et culture au cabinet du commissaire européen Pierre Moscovici.

 

 

1. Question aussi vieille que le projet européen.
Les pères fondateurs se la sont posée : dans quelle langue allait-on bien pouvoir parler, travailler, communiquer ? De quatre langues en 1958 ­: allemand, le français, l’italien et le néerlandais, on compte aujourd’hui – avec les élargissements successifs, preuves du succès du projet européen – 24 langues officielles considérées comme égales. La Commission traite ses affaires internes dans trois langues « procédurale s» : l’allemand, l’anglais et le français, notamment dans un souci d’efficacité et de rapidité de la communication.

2. Question politique
Au fond, le sujet qui nous réunit ce soir n’est pas qu’une question linguistique : on trouverait alors une seule langue de communication dans les institutions et au sein de la Commission. La langue est bien plus que cela : un véhicule de valeurs et d’identité avec des incidences politiques, diplomatiques, culturelles, de vivre et de travailler ensemble, de respect de l’autre et des minorités. Le multilinguisme représente donc des enjeux essentiels : sa promotion extérieure est assurée par le commissaire Navracsics, sa promotion interne par la vice-présidente Georgieva. La défense du plurilinguisme incombe également à chaque commissaire et a une implication dans toutes les politiques de l’Union. Ce pluralisme, cette diversité et sa défense sont inscrits dans les textes européens et sont au fondement des valeurs européennes.

3. Importance de la traduction comme garant de multilinguisme et de légitimité.
Une partie de la réponse est apportée par l’écrivain italien Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction ». Avec 24 langues officielles, 552 combinaisons sont possibles. Avec un effectif permanent de 1 750 linguistes et 600 assistants, la Commission possède l’un des plus grands services de traduction au monde, renforcé par 600 interprètes à temps plein et 3 000 interprètes indépendants. Pour toutes les institutions européennes, le coût des services linguistiques est estimé à environ 1 milliard d’euros chaque année, soit un peu plus de 2€ par résident. Permettre aux citoyens de comprendre les textes qui leur sont applicables est une source de légitimité démocratique essentielle, pour rapprocher l’Europe de ses peuples. Page d’accueil internet de la Commission européenne et les sites d’une grande partie des DG sont disponibles dans toutes les langues officielles de l’Union, pour plus de transparence.

4. Travail et coulisses de la Commission, cabinet Moscovici et langue française à la Commission. Avec ses 34 000 agents, la Commission est une mosaïque de langue, dans ses couloirs et dans son quotidien. Ce plurilinguisme linguistique est encouragé, avec des formations variées et avec un processus de concours et de sélection (EPSO) respectant le multilinguisme. Les réunions de travail et les réunions du Collèges, se font majoritairement en anglais et en français, avec un procès-verbal original en français pour ces dernières. Le point presse quotidien est bilingue – français et anglais. Bien que le français ne soit aujourd’hui la langue « source » que pour 5% des documents de la Commission, il demeure tout de même largement utilisé au sein de l’institution, devant l’allemand (moins de 2%), et sa défense reste l’affaire de chacun. Au sein du Cabinet de Pierre Moscovici, avec 8 nationalités, partage de la francophonie autour d’un chef de Cabinet français – le seul à s’exprimer en français aux réunions hebdo. Réunions en français mais aussi en anglais ou dans d’autres langues selon les interlocuteurs, sans dogmatisme mais en ayant à cœur de valoriser l’usage interne de la langue française. Plus globalement, la langue française est à la Commission la 2e langue la plus utilisée pour l’écrit après l’anglais. Elle est l’une des deux langues, avec l’anglais, à être utilisée pour la communication informelle interne comme les réunions. Le français reste majoritairement employé à la Commission comme langue de travail dans les questions juridiques.


5. Défense de la langue française et du multilinguisme par le Commissaire.
Il s’agit d’un combat de longue date du Commissaire. Sur son site, « On ne badine pas avec la langue française », publié à l’occasion de la journée internationale de la Francophonie : langue française et son usage « plébiscite de tous les jours », en perpétuelle construction.
A déclaré « attacher une importance particulière à s’exprimer en français, aussi souvent qu’il le peut », au Conseil, au Parlement, dans ses entretiens et ses réponses. Il fait réécrire en français des interventions, souvent intro FR, développement EN et conclusion FR. Son blog est en français. Volonté politique, portefeuille économique, enjeux internationaux : s’exprime de manière équilibrée en français et en anglais, notamment lors des dernières prévisions économiques et des recommandations spécifiques par pays. Ne pas défendre une seule langue, mais le pluralisme qui est au cœur du projet européen : « le multilinguisme doit absolument être préservé », en lien avec la devise de l’Union : « unie dans la diversité ». Conclusion : pas de langue unique dans l’horizon européen. Pour faire un parallèle avec le portefeuille de Pierre Moscovici : monnaie unique valorisée, appropriée et défendue par les concitoyens, comme le partage d’intérêts communs, d’un espace de stabilité et de prospérité. Mais en aucun cas la langue ne suivra le même chemin : pas de langue unique, pas de monolinguisme, mais au contraire la défense du multilinguisme et de la diversité dans les institutions européennes et par le 
Commissaire français Pierre Moscovici.

2015-05-26 conf J Bove - Version 2

 

 

José Bové, député européen, vice-président de la commission Agriculture et développement rural au Parlement européen.

 

Quelque chose d’incroyable se passe au Parlement européen et dans de nombreuses institutions européennes au niveau de l’usage des langues d’origine par les député-es – et bien d’autres qu’eux. C’est de voir se pratiquer l’anglais assez massivement, et bien souvent un anglais «globish» alors que les élus disposent de l’interprétariat dans de très nombreuse langues. La langue parlée nationale est le reflet d’un vécu, d’une culture historique et politique qui peut être excellemment interprétée par celles et ceux dont c’est le métier, et qu’ils pratiquent avec grande connaissance et grand enthousiasme.

Prenons un exemple. Il peut m’arriver par agacement  au cours d’un débat, aussi bien au sein de mon groupe que vis-à-vis d’autres groupes politiques,  d’employer l’expression « faux-cul(s) » pour désigner une hypocrisie cachant un manque de courage politique. Je sais que je ne saurai pas le dire en anglais et si je devais le dire dans cette langue j’utiliserai certainement une expression beaucoup plus atténuée alors qu’ayant recours aux interprètes dont nous disposons, je suis sûr qu’ils sauraient donner à mon expression le ton, l’oralité la plus proche possible vers la langue vers laquelle ils interprètent mon intervention orale.
Et si nous quittons l’oral, que dire du travail de traduction de l’oralité vers l’écrit par les juristes-linguistes chez qui la domination de la langue anglaise prévaut. Ce n’est pas de leur faute, car cela vient majoritairement de la production en anglais des projets de textes à débattre de façon presque exclusive, alors que les deux autres langues de travail sont l’allemand et le français. Au cours du mandat précédent, occupé pour moi par le très long débat sur la réforme de la Politique Agricole Commune, j’ai pu observer  en Commission, que ce soit dans la rédaction des amendements et la recherche des premiers compromis, ou dans les tri-logues (séances de négociation entre le Parlement, le Conseil et la Commission) que cette «domination» entraîne le droit communautaire vers une affirmation de plus en plus présente du droit anglo-saxon au détriment du droit romain-germanique plutôt que d’un équilibre entre ces deux pensées du droit. Ceci n’est pas sans conséquences quand on replace cette observation dans le contexte des discussions sur les accords de libre-échange, en particulier en ce moment celle qui a lieu entre les États-Unis et l’Union Européenne.

  2015-05-26 conf E M-C

Élisabeth Morin-Chartier, capessienne en Histoire-Géographie, inspectrice générale de l’Éducation nationale, présidente du Conseil régional est aujourd’hui – depuis 2007 – député européen, elle préside le collège des questeurs.

http://elisabeth-morinchartier.eu/le-multilinguisme-cest-louverture-culturelle-le-respect-de-lautre/

2015-05-26 conf D Bourgeois

 

Delphine Bourgeois est échevine de l’Europe à Ixelles, la commune où siège le Parlement européen.

 

 

 

2015-05-26 2015-05-26 Olga

 

Miguel Angel Martinez a été député européen, vice-président du Parlement européen chargé du multiliguisme jusqu’en 2014.

 

 

 

Olga Cosmidou a été pendant 19 ans d’abord Directeur, puis –depuis la création du poste– Directeur général de l’Interprétation et des Conférences au Parlement européen.

 

 

2015-05-23 4 2015-05-26 RG 2015-05-26 3 2015-05-26 5 - Version 2 2015-05-26 5 2015-05-26 FR

Et aussi